Non loin de chez nous, à Cran-Gevrier en Haute-Savoie, se trouve une société industrielle créée en 1865, au savoir-faire historique, qui figure parmi les dernières entreprises françaises à pratiquer certaines techniques de laminage. Il s’agit de la Compagnie Alpine d’Aluminium (CAA). Mais elle risque de disparaitre d’ici la fin du mois.

 

Un gâchis industriel

La CAA a été rachetée en 2006 par un fonds d’investissement américain à Alcan/Novelis dans le cadre du démantèlement du groupe Péchiney. Ce type de fonds poursuit des objectifs financiers : chercher à faire des coups sans poursuivre une stratégie commerciale et industrielle clairement définie ni investir dans l’outil de production ou adapter les coûts de structure. La CAA n’a de ce fait dégagé que des pertes depuis 2006, consommant les 14 millions d’euros de trésorerie disponible au moment du rachat.

Elle s’est ainsi retrouvée il y a quelques mois en situation de dépôt de bilan. D’ici dix jours (passage au tribunal le 30 juin !), la CAA doit trouver 3 millions d’euros sur les 10 nécessaires pour boucler le plan de financement et sauver 80 emplois. Or les banques sont hésitantes et certaines demandent des garanties très au-delà de leur prise de risque réelle.

La frilosité des banques

La CAA est pourtant une entreprise qui bénéficie d’atouts : des compétences, un savoir-faire, le principal client – Téfal – est partie prenante, elle exporte 50 % de sa production en Allemagne et en Autriche et poursuit une stratégie de niche et de qualité produit. Les salariés ont accepté de revoir leurs conditions de rémunération et plus de la moitié d’entre eux sont prêts à investir dans le capital de leur société.

Les banques ne suivent pas à ce jour sur ce dossier : trop gros, trop industriel, trop risqué. En revanche, on propose à nous Alma, société solide et sans besoin de financement, des offres de prêt à des taux défiants toute concurrence…

La plupart des organismes financiers ont perdu leur vocation (en tout cas celle qui devrait être la leur selon moi) : financer des projets économiques, contribuer à développer des sociétés et de ce fait créer ou maintenir des emplois.

L’alternative Scop

Les salariés de la Compagnie Alpine d’Aluminium se mobilisent aujourd’hui pour une reprise en Scop. Une Société Coopérative et Participative s’inscrit en opposition à la logique financière des fonds. Elle oblige à une mise en réserves régulière du résultat qui permet de consolider l’entreprise et d’investir, ainsi qu’à la constitution de réserves impartageables qui garantissent la non-revente de la société. Je ne pense pas que la Scop soit LE remède au problème industriel français (en particulier sur la concurrence de la main d’œuvre étrangère à faible coût). Mais je ne peux m’empêcher de penser que si la CAA avait été une Scop depuis le début, les salariés de cette entreprise (et de beaucoup d’autres industries de notre région !) ne seraient probablement pas aujourd’hui menacés de chômage…

 

Pour en savoir plus, voir le reportage de France 3 Alpes du 10 juin 2015