Après plusieurs mois de maturation, le projet de fonds et d’accélérateur pour startups coopératives porté par Digital Grenoble, le mouvement coopératif et Alma est passé en phase active d’expérimentation. CoopVenture, c’est son petit nom, a commencé à s’ouvrir aux candidatures. Mais en quoi est-il différent des fonds classiques, quelles sont ses ambitions et comment Alma se positionne dans ce projet ? 

 

Un fonds alternatif

Aujourd’hui les startups n’arrivent à se financer que par du capital-risque. Or ce système rend la revente des entreprises pratiquement incontournable à moyen terme. Et une fois l’entreprise vendue, la valeur créée, d’ailleurs avec le soutien des collectivités et de l’Etat, part souvent à l’étranger. Le territoire perd aussi le potentiel d’emplois qui l’accompagne.

Pourtant, tous les entrepreneurs du numérique ne souhaitent pas avoir à revendre leurs entreprises ni en perdre le contrôle. Mais en refusant le financement par capital-risque et avec un accès réduit à la dette bancaire, la situation devient vite ardue pour eux. Le mouvement coopératif ne dispose pas non plus d’outil pour financer ce type de projet et couvrir les taux d’échec élevés.

Eh bien, nous voulons faire le pari qu’une alternative est possible : financer en fonds propres les startups mais baser le modèle économique du fonds d’investissement sur le long terme. C’est la base du projet CoopVenture porté par Digital Grenoble, la CG Scop et Alma.

Comment ça marche ?

Le fonds n’a pas pour vocation à revendre les startups mais à les rendre pérennes et à les inciter à rester sur le territoire. Ceci via un fonds dit « evergreen », où toutes les plus-values réalisées par le fonds reviennent au fonds. De cette façon, les startups réalimenteront le fonds, au rythme que permettra leur croissance. Les plus florissantes le feront plus vite, les autres pourront prendre plus de temps.

Et l’originalité tient à ce que la startup ne rachètera pas ses propres actions (ce qui pénaliserait le bilan ou la capacité d’investissement de l’entreprise), mais des actions du fonds d’investissement qui l’a financée. La startup deviendra actionnaire de son fonds et contribuera ainsi à le pérenniser.

Financer et accompagner

Financer n’est pas suffisant. L’accompagnement augmente très fortement le taux de succès des entreprises créées (on passe de 10 à 50 % selon une étude des Echos de 2014). CoopVenture proposera donc aux entrepreneurs un accompagnement individualisé pour maximiser leurs chances de réussite : formations spécifiques sur l’entrepreneuriat numérique, accompagnement stratégique et économique, etc.

Un fonds pour qui ?

Vous l’avez compris, CoopVenture n’a pas vocation à reproduire le schéma des fonds d’investissement classiques. Les valeurs qui ont amené à sa création doivent donc se retrouver dans son fonctionnement et dans sa stratégie d’investissement. Ainsi est éligible à CoopVenture toute entreprise qui sans être formellement une Scop, partage et applique au quotidien les valeurs coopératives (implication des salariés dans la gouvernance, ancrage local, etc.). Le fonds s’assurera du respect de ces valeurs en les inscrivant dans le pacte d’associés qu’il signera avec les startups accompagnées.

Et Alma dans tout ça ?

Ce projet est en discussion depuis des années car nous nous rendons compte qu’il existe un manque ; nous sommes régulièrement sollicités par des entrepreneurs qui rêvent de créer leur société, de se donner des moyens et de l’ambition, sans pour autant être obligés de revendre à terme. Artics a probablement été le déclencheur.

Alma est ainsi un des trois fondateurs du projet. C’est pour nous une manière de contribuer à la promotion de l’entrepreneuriat coopératif, et en nous connectant à des projets innovants cela impulse une dynamique au sein d’Alma.

Une phase d’expérimentation

Nos objectifs d’ici fin 2016 sont d’une part de valider la demande (les porteurs de projet peuvent postuler sur coopventure.fr) et d’autre part de commencer la levée de fonds. Nous souhaitons pouvoir accompagner et financer des sociétés en 2017, dans un premier temps localement pour tester la viabilité du modèle avant de le dupliquer sur l’ensemble du territoire français d’ici deux ans.

Les retours sont jusqu’ici très positifs, tant des entrepreneurs, des acteurs économiques locaux, que des premiers financeurs potentiels rencontrés. Ce projet représente un challenge un peu fou, mais il catalyse énormément d’énergie et d’envie, et on y croit !