C'est le titre d'un livre paru en 2009[1] de Kate Pickett et Richard Wilkinson, professeurs anglais d’épidémiologie qui ont consacré un travail considérable pour arriver à cette conclusion simple mais saisissante : les gens vivent mieux avec une espérance de vie plus élevée dans des sociétés plus égalitaires, y compris les riches.

« Dans les pays pauvres, l’espérance de vie augmente rapidement pendant les premières étapes du développement économique : la richesse produit alors globalement du bien-être. Mais au fur et à mesure que les niveaux de vie augmentent, le lien entre croissance et espérance de vie s’atténue. Il finit par disparaitre entièrement » expliquent Wilkinson et Pickett.

Après des années d’étude pour établir des liens (entre richesse et bien être, entre dépenses de santé et bien-être, etc.), ils ont classé les pays selon leur degré d’inégalité et leurs problèmes sanitaires et sociaux (homicides, grossesses précoces, indice Unicef, espérance de vie, obésité, maladies mentales, résultats scolaires, etc.). Tous les résultats coïncident : plus les pays sont inégalitaires, plus ces difficultés apparaissent.

La répartition de la richesse est plus importante que la richesse globale

Cette conclusion a été partagée dans le cercle scientifique, l’éditorialiste du British Medical Journal a d’ailleurs écrit : « Ce qui détermine la mortalité et la santé dans une société tient moins à la richesse globale qu’à la répartition de la richesse. » L’explication réside selon Wilkinson et Pickett dans le stress croissant subi dans des sociétés plus inégalitaires : inquiétude face au jugement d’autrui, compétition, exclusion, confiance brisée, honte, inconfort.

En plus, les gens détestent les inégalités. Une étude d’Harvard réalisée en 2011 sur 5 500 Américains à qui l’on a proposé trois modèles plus ou moins inégalitaires montre que 92 % d’entre eux ont exprimé une préférence pour une répartition des richesses « à la suédoise » selon laquelle 20 % des plus riches auraient 32 % de la richesse, alors qu’en réalité ils en ont 84 % ! Et cette réponse variait très peu selon la richesse personnelle des répondants et leur appartenance politique.

La science, les chiffres… C’est un apport considérable. Mais au fond, le fait que l’égalité soit bonne pour tous, n’est-ce pas du simple bon sens ? Tout le monde reconnait bien par exemple que si nous avions tous un (vrai) travail il y aurait moins de tensions et de violence dans la société…

Bien sûr, c’est aussi une affaire d’aspiration et d’intime conviction que l’on se sent plus épanoui, plus ouvert, plus libre et même plus créatif dans un système plus égalitaire. Wilkinson et Pickett analysent ainsi qu’il y a plus de brevets déposés dans les sociétés égalitaires.

La répartition de la richesse est bonne pour l’entreprise

Une de leurs préconisations principales est d’« apporter de la démocratie sur le lieu de travail », qui entre autres aidera à réduire les inégalités. Nous pensons aussi à Alma qu’une répartition assez égalitaire de la richesse permet une harmonie dans l’entreprise. Et elle va de pair avec partage des décisions et la transparence (par exemple sur les salaires). Ainsi notre fourchette de revenus va de 1 à 2,4 après répartition de 65 % de notre résultat aux salariés selon une échelle de 1 à 1,6.

Et je crois que cela contribue à une vie d’entreprise apaisée, où les préoccupations sont moins portées sur les revendications ou le sentiment d’injustice pour les uns, et sur les régulations des conflits pour les autres. Comme l’ont démontré Wilkinson et Pickett, cela libère probablement de l’énergie pour que la préoccupation principale soit bien le développement de nos produits et services, la satisfaction des clients et in fine le bien-être collectif et partagé des Almatiens. Le fameux cercle vertueux qui nous est cher…

Ainsi la croissance (en particulier en réponse à des pressions du marché) n’est qu’un moyen pour servir ces objectifs et faire partager ce bien-être à de futurs Almatiens en élargissant le cercle… Mais c’est un autre débat !

 

[1] Titre original : « The Spirit Level: Why More Equal Societies Almost Always Do Better ». La version française est parue en 2013 aux éditions Les Petits matins-Institut Veblen.