Le coefficient Gini synthétise en un chiffre les inégalités de revenus dans un groupe, généralement un pays. Il va de 0 (tous les membres du groupe ont le même revenu) à 1 (un seul accapare tous les revenus). Et si on l’appliquait aux entreprises ? Que donnerait-il pour les Scop et pour Alma ?
 

Gini, késako ?

Techniquement, il mesure dans le graphique ci-dessus la fraction de surface entre la diagonale et la courbe (appelée courbe de Lorenz, qui représente la part cumulée de revenus en fonction de la part cumulée de la population, cette dernière étant classée par revenus croissants), soit A/(A+B). Autrement dit plus la courbe noire a un gros ventre, plus les inégalités sont fortes. Le ventre plat qui se confond avec la diagonale traduit une égalité parfaite entre tous les membres du groupe.

De l’Afrique du Sud à la Suède en passant par la France

Parmi les pays les plus inégaux on trouve des BRICS : Afrique du Sud (0,63), Brésil (0,55), Chine (0,47). L’autre bout du classement est occupé par les pays nordiques : Suède (0,23), Danemark et Norvège (0,25), Finlande (0,26). La France occupe une place moyenne en Europe avec 0,306.

Les chiffres ci-dessus sont ceux calculés par la CIA[1] qui donne 0,45 pour les USA en 2007. D’autres sources donnent des valeurs différentes. Pour la France par exemple, la Banque Mondiale donne 0,32 et l’INSEE 0,289 en 2007. Il faut donc prendre ces chiffres plus pour l’ordre de grandeur que pour la valeur brute.

La tendance de ces dernières années est à l’augmentation du Gini, c’est-à-dire des inégalités, fortement dans les pays émergents et aux USA mais aussi en Europe. Ces augmentations résultent de l’augmentation de la part des 1 % les plus riches et plus encore du millième supérieur.

Une des difficultés pour la mesure est de savoir si on prend ou non en compte des revenus implicites : si la santé et l’éducation sont publiques et gratuites ou privées et payantes avec un même Gini sur les revenus, il n’y aura pas les mêmes inégalités effectives.

Les entreprises aussi ont un Gini !

On a vu que le Gini pouvait se calculer pour d’autres groupes que les pays. Qu’en est-il en entreprise ? Eh bien, on n’en sait pas grand-chose. Les entreprises communiquent très peu sur les revenus de leurs salariés et encore moins sur leur répartition. Pour les patrons des grandes entreprises cotées en bourse, le salaire du dirigeant est publié. Sur les 30 dernières années, ces rémunérations ont énormément augmenté. Par exemple, entre 1998 et 2008 les salaires français ont augmenté de 7% (hors inflation) pendant que ceux des PDG du CAC40 faisaient plus que doubler. (Si quelqu’un a des données sur la répartition intra-entreprise, qu’il n’hésite pas à compléter ce post).

A partir des données sur les salaires des dirigeants et ceux de base (le SMIC), des simulations donnent des coefficients Gini de 0,2 à 0,25 pour les grandes entreprises françaises. Il est normal que ces valeurs soit moins élevées que dans l’ensemble de la société car à une extrémité les personnes sans emploi, les petites retraites, etc. n’y sont pas, comme à l’autre extrémité les revenus du capital.

Et dans les Scop ?

Là non plus, nous n’avons pas de données mais je ne désespère pas que la révision coopérative intègre bientôt la mesure du Gini ou quelque chose de voisin ! Nous savons quand même que la hiérarchie salariale est plus resserrée dans les Scop que dans les autres entreprises. Il y a même des Scop qui pratiquent l’égalité salariale (leur Gini est donc à 0) ; dans le bassin grenoblois, on peut citer Probesys (logiciels libres) et La Peniche (agence de com). Ceci est évidemment le résultat d’une volonté forte, mais c’est aussi favorisé par la petite taille de la structure et une assez forte homogénéité des compétences.

Chez Alma, une échelle de revenus plutôt écrasée

Pour l’exercice 2013-2014, le coefficient Gini d’Alma est 0,129 sur les revenus salariaux en équivalent temps plein. Après prise en compte de la participation et de l’intéressement, il baisse à 0,113 et le rapport entre le plus haut et le plus bas revenu est de 2,36.

Sans être une entreprise égalitaire, nous avons une hiérarchie salariale resserrée. Principe structurant auquel l’ensemble des Almatiens est attaché et qui nous distingue assez fortement des entreprises classiques.

[1] https://www.cia.gov/library/publications/the-world-factbook/rankorder/2172rank.html

 

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