Laurence Ruffin, dirigeante d’Alma, a été invitée à intervenir au Parlement des Entrepreneurs d’avenir à la Préfecture de la Région Rhône-Alpes le 25 novembre. Plus de 500 participants mobilisés autour de témoignages d’entreprises qui cherchent à concilier efficacité économique et responsabilité sociale, engagement éthique et environnemental.
 

Dans les luxueux salons de la préfecture (changement de décor pour des rencontres économiques alternatives), j’ai participé à la plénière qui a interrogé le sens de l’innovation et au-delà, celui de l’entreprise : est-elle uniquement créatrice de valeur économique et financière ou doit-elle contribuer par ses produits, son organisation, son objet social, à relever les défis sociaux et environnementaux de demain ?

Patrick Viveret, philosophe et économiste, a introduit la journée sur le thème de la reconsidération de la richesse. Les entreprises ne sont aujourd’hui évaluées qu’au regard de leur chiffre d’affaires et de leur résultat, sans valoriser d’autres apports : lien social, bien-être… Il fait une proposition qui me semble pertinente : comment intégrer le capital humain dans la comptabilité ? Un peu comme l’idée de Bonheur National Brut opposée au PIB en macro-économie…

Des témoignages sur un entrepreneuriat un peu différent…

Des sociétés qui cherchent à donner du sens à leur produit, comme Dowino, un studio de création de Serious Games dont le métier est de sensibiliser à des problématiques de développement durable. Ceux qui ont un projet social comme Handishare, entreprise à vocation participative visant à remettre des personnes handicapées en situation d’emploi. Ou ceux qui entreprennent dans un souci environnemental comme Grap dans la distribution de produits alimentaires bio et locaux…

Mais ce qui m’a surtout interpellée furent les expériences de management par la confiance. Être convaincu que la performance vient d’abord des salariés, de leur épanouissement dans l’entreprise. Sans responsabilité et sans lien social, pas de plaisir au travail. Ainsi, Techné France, entreprise industrielle de 135 salariés, qui a introduit le « salaire mobile » basé sur les résultats du mois, ce qui évite les licenciements. Cela s’accompagne d’une transparence de l’information financière vis-à-vis des salariés. Ces derniers ont la possibilité de devenir associés de leur entreprise et propriétaires des murs de la société. A noter aussi que fonctionnant sur le principe de la responsabilité, ils n’ont pas recours à une badgeuse !

L’entreprise Favi qui a été citée m’a aussi beaucoup fait penser à Alma. C’est une fonderie en Picardie (ma région natale !) de 600 salariés qui fonctionne sur le principe des « mini-usines » sans planification ni pointeuse, avec la cooptation de leur leader. « Nous considérons que pour être heureux, il faut être motivé. Pour être motivé, il faut être responsable. Pour être responsable, il faut savoir pour qui et pourquoi on fait les choses mais être libre du comment on le fait, tout en comptant sur une assistance quérable. »

Le projet d’entreprise selon Alma

Mon témoignage a convergé dans ce sens. Nous cherchons à associer les salariés (qui sont tous sociétaires) à la vie de l’entreprise. Le plaisir de travailler ensemble, l’autonomie et la responsabilité figurent en haut de la liste des principes qui nous animent. Notre souci, complètement intégré au projet d’entreprise, est de pérenniser un collectif de travail, où chacun prenne sa place, apporte sa pierre et s’épanouisse. La performance économique est indissociable de ce projet. Elle est à la fois un moyen et un élément de motivation. La Scop est notre cadre de référence mais les témoignages précédents ont bien montré que ces valeurs existent dans d’autres entreprises, au-delà du statut choisi.

Je ressors de cette journée d’échanges stimulée après avoir découvert toutes ces expériences. Et je suis convaincue qu’« entreprendre autrement, c’est possible », même si ces aventures restent encore trop peu nombreuses.

 

Entrepreneurs d’avenir est une « communauté de dirigeants engagés partageant une vision de la société et œuvrant à la fois à titre individuel et au titre de leur entreprise pour développer, au-delà du seul champ économique, la responsabilité et la contribution de l’entreprise pour faire progresser la société, en faisant changer les concepts et les pratiques de conduite des affaires ».
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