Chez Alma, tout salarié se voit systématiquement proposer après un an de présence de devenir associé (ou sociétaire)[1]. Résultat : à l’exception des nouveaux entrants, tous sont associés. Réflexions sur ce principe fondateur d’Alma et sa mise en pratique. 

 

Alors que le taux de sociétariat moyen dans les Scop après plus de 2 ans d’ancienneté était de 68 % en 2014, il est de 100 % chez Alma. En effet, la pratique d’Alma fait obligation à proposer après un an de présence la citoyenneté « almatienne » à tout salarié, qui n’est toutefois pas tenu de l’accepter. Ce principe, qui s’apparente au « droit du sol » dans le modèle de la citoyenneté française, est appliqué depuis l’origine aux nouveaux entrants.

Concrètement, le droit d’entrée[2] n’est pas très élevé : acquisition initiale de parts sociales pour 100 € et prélèvement ensuite de 1 % sur le salaire, mis en capital (à comparer à une reprise en Scop où la mise de fond de départ est de l’ordre de 2,5 mois de salaire et le prélèvement de 5 %). Alors est-ce vraiment un engagement pour les Almatiens ? C’est plutôt le principe qui est important.

Il y avait chez nos « pères fondateurs » une volonté politique d’appliquer un principe démocratique en écho au modèle citoyen : « Tout salarié d’Alma a vocation à devenir sociétaire ». Ce qui importe, c’est de mettre tout le monde sur un pied d’égalité, ne pas faire de différence entre les personnes. C’est aussi l’idée d’assimiler les statuts de sociétaire et de salarié, en tout cas de rendre le premier prééminent. En pratique, ce principe d’intégration a pour but d’associer des personnes responsables et impliquées à la marche et aux décisions de l’entreprise. Des personnes sinon motrices, contributrices, faisant preuve d’initiative et d’autonomie.

« Cette boîte est aussi la tienne »

Globalement ça fonctionne, même si être à la fois salarié et associé est un peu schizophrénique et qu’il est parfois plus naturel de penser d’abord en « salarié » (car nous le sommes aussi !). Ceci d’autant plus que la taille de la structure augmente et qu’il est plus compliqué d’avoir une vision complète de l’entreprise (c’est une des raisons pour lesquelles Alma a mis en pratique les « scopettes » au milieu des années 1990, pour notamment rapprocher les personnes des décisions).

On pourra arguer qu’il est plus facile d’avoir des coopérateurs impliqués dans une société où près de 9 salariés sur 10 sont cadres. Néanmoins, avoir un avis sur des questions économiques, stratégiques ou de gouvernance nécessite un vrai effort[3]… Il n’est pas simple non plus d’être un citoyen éclairé dans la vraie vie !

Se voir proposer dès le départ le statut d’associé est stimulant, en particulier pour les plus jeunes, c’est perçu comme une vraie marque de confiance. Dans la durée cela forge une certaine maturité chez les Almatiens, et bien sûr un fort sentiment d’appartenance à la société.

Alors pas de « passagers clandestins » chez Alma ? Mis à part quelques comportements occasionnels et isolés du type « moi d’abord », domine très largement la conscience de l’intérêt général (celle d’Alma ou celle de l’équipe), et ce – curieusement ? – plus l’enjeu est important.

L’importance du recrutement

Le processus de recrutement est un élément clé pour que le modèle Alma fonctionne. S’il ne s’agit pas de mettre tout le monde dans un moule et de recruter systématiquement les mêmes « bons coopérateurs », il faut essayer de s’assurer au-delà des compétences professionnelles des candidats qu’ils contribueront à la marche de la société tout en s’y épanouissant (il y a assurément une corrélation étroite entre les deux). Il faut donc transmettre du mieux possible les valeurs d’Alma et détecter les profils « compatibles », sans pour autant imposer des critères formels à l’entrée.

Le résultat est plutôt composite, Alma étant formée de personnalités somme toute assez diverses, ce que traduisent des modes d’expression et des points de vue parfois contrastés. La preuve de la capacité d’Alma à être à la fois une et multiple…

 

[1] Formellement, ce statut implique de participer au capital de la société selon divers mécanismes, de pouvoir voter aux Assemblées Générales selon le principe « une personne, une voix » et d’élire les dirigeants de la société.
[2] Au-delà de l’aspect financier, le futur associé doit préalablement s’entretenir avec un membre du CA sur le rôle d’un associé et faire part de ses motivations lors de l’Assemblée Générale qui approuve – ou non – son admission.
[3] Pour permettre aux associés ou futurs associés des Scop de jouer pleinement leur rôle, les Unions Régionales proposent des formations dédiées (voir aussi le post « Les Almatiens savent lire un compte de résultat ! »).