Nous venons de renouveler les Délégués Uniques du Personnel (DUP) d’Alma. Quatre Almatiens ont été élus pour un mandat de 4 ans. L’occasion de réfléchir à la place particulière que cette instance occupe dans une Scop.

 

Les règles du jeu « sociales » à Alma sont différentes d’une entreprise classique à bien des égards : tous les salariés sont associés et il y a très peu d’associés extérieurs ; on ne peut pas faire de plus-value sur le capital, il n’y a donc pas d’enjeu patrimonial ; le résultat est majoritairement redistribué aux salariés (65 %) ; les responsables, DG compris, doivent être validés par les équipes (à plus des 2/3) ; il y a transparence sur les salaires et sur les comptes mensuels ; les grandes décisions sont discutées et validées en AG… Notre fonctionnement change la place des dirigeants, mais aussi des salariés et des représentants du personnel.

Syndicats, IRP… Pour quoi faire ?

Des études ont montré que les IRP (instances représentatives du personnel) étaient nettement moins présentes dans les Scop de plus de 50 salariés qu’au sein de l’ensemble des établissements de même taille en France. Les Scop concernées invoquent un manque d’utilité, les salariés s’adressant directement à la direction et/ou estimant qu’il y a suffisamment de communication dans l’entreprise.

Mais c’est surtout la place des syndicats qui est affaiblie dans les Scop. Le fonctionnement coopératif, cultivant un esprit d’échange et de cogestion, ne semble pas propice à l’exercice d’une représentation syndicale, plus portée par un rapport de force.

La qualité du dialogue social varie cependant beaucoup d’une Scop à l’autre. La place des IRP est plus marquée quand la Scop est née d’une transformation ou d’une reprise (le changement culturel est long), ou quand il y a peu de salariés associés. Dans d’autres Scop, les Délégués du Personnel sont des acteurs de la co-construction de décision dans l’entreprise en participant à des commissions, ou peuvent permettre à des personnes de poser des questions (pas si simple pour les timides de s’exprimer en AG…).

Chez Alma, animation et co-construction

Nous encourageons les Almatiens à venir discuter directement avec les responsables quand il y a un problème, à faire remonter leurs idées ou critiques lors des « ElVa », à consulter l’intranet régulièrement, à comprendre les comptes… Je crois aussi que les Almatiens eux-mêmes n’ont pas très envie de déléguer à des organes intermédiaires (DUP ou même Conseil d’Administration) les décisions et l’obtention d’information. Ils apprécient la démocratie directe, les Assemblées Générales, les réunions mensuelles ou les lettres d’information. Ainsi, pour modifier notre mutuelle ou notre retraite complémentaire, nous recourons à des interviews envoyées à tous et la décision est prise à la majorité.

Dans ce contexte, les réunions avec la DUP (généralement mensuelles) permettent surtout de discuter, de donner de l’information sur la vie d’Alma, de parler formation et salaires. Les membres de la DUP sont impliqués dans les commissions RH pour co-construire les décisions. C’est toutefois autour de l’animation, dans son rôle de Comité d’Entreprise, que la DUP est probablement la plus active chez Alma.

Même si elle peut aussi être amenée à intervenir en cas de conflit avec un salarié. C’est bien un cas où la double casquette salarié-associé et Délégué du Personnel peut être ambigüe : défendre un salarié, individuellement, peut aller à l’encontre de l’intérêt de la société dont le Délégué est lui-même associé…

En conclusion, du fait de notre culture et de notre fonctionnement, les Délégués du Personnel sont moins sollicités, l’information circulant en direct et le contre-pouvoir s’étant plutôt construit autour des pratiques coopératives. Mais la DUP garde sa raison d’être sur l’animation, les RH, et reste un organe de recours possible pour les salariés. La place laissée à l’initiative à Alma pourrait aussi permettre aux délégués de jouer un rôle plus important, par exemple en portant une réflexion critique sur nos pratiques ou en en proposant de nouvelles.

 

* : les IRP recouvrent trois types d’organismes : les représentants ou délégués du personnel (RP ou DP), les comités d’entreprises (CE) et les comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT). Chez Alma, comme c’est possible dans les entreprises de moins de 200 salariés, la DUP (Délégation Unique du Personnel) réunit les attributions des délégués du personnel et du comité d’entreprise au sein d’une même délégation élue.

 

Témoignage de Frédéric Blanchard, réélu comme DUP en juin 2015

« Je débute un second mandat de DUP, l’occasion de revenir sur la période écoulée. Me sentant bien chez Alma dès mon embauche, j’ai naturellement souhaité m’impliquer davantage. Les élections de la DUP m’ont donc permis de concrétiser ce vœu. Le statut de coopérateur permet déjà d’agir pour l’entreprise (au moment des AG et des Elva notamment) mais à mon sens, plus encore de déléguer le pouvoir d’agir aux élus. Je vois la DUP comme une fonction intermédiaire entre un coopérateur et le CA/CD en termes d’écoute des salariés et de prise en compte de leurs besoins dans les actions à entreprendre.

Une fois élu, je suis devenu trésorier et animateur principal du CE, dont les activités furent organisées aussi bien au sein de l’entreprise qu’en dehors. Ce qui m’a beaucoup plu car pour moi l’entreprise ne se réduit pas à un simple lieu de travail, qui plus est à Alma.

A travers une formation en début de mandat, j’ai aussi découvert les aspects DP et CHSCT, qui m’ont été utiles, même si ces rôles sont moins marqués dans notre Scop d’informatique que dans d’autres entreprises.

Les salariés nous ont peu sollicité pendant ce mandat car le dialogue récurrent avec la hiérarchie, au travers d’entretiens individuels ou de réunions d’équipes sollicités dès qu’un problème apparait, semble être un bon moyen d’apaiser les tensions et de débloquer les situations. Les membres de la DUP ont finalement plus joué un rôle de médiateur que de défenseur du salarié.

Et si les RH ont fait de nombreuses fois l’objet de réunions avec la Direction, j’ai pu constater que le « H » était plus important que le « R ». L’humain est au centre des préoccupations de notre Scop ! »