Alma a été primée le 14 mai dernier aux Trophées de la Paix économique organisés par la chaire de recherche Paix économique, Mindfulness et Bien-être au travail de Grenoble École de Management, aux côtés de 9 autres organisations. La guerre économique on connait, mais la paix économique ? Laurence Ruffin, PDG d'Alma, explique en quoi ce concept fait écho dans notre Scop et revient sur le projet qui a poussé Alma à candidater.

Laurence, qu’est-ce qui a motivé Alma à postuler à ces Trophées ?

Jusque là nous n’avions jamais eu envie de candidater à un concours mais les Trophées de la Paix économique portés par GEM ont retenu notre attention. En effet, les valeurs qui sont prônées correspondent à notre projet d’entreprise et nous souhaitions nous inscrire dans l’idée que la paix économique doit être un principe fondamental dans la vision de l’entreprise et pas quelque chose d’anecdotique. Postuler était une manière de contribuer au développement de cette idée qui nous tient à cœur.

Quel sens donner à ce concept de paix économique du point de vue d’Alma ?

Le concept de paix économique forgé par les travaux de la chaire de GEM repose sur trois piliers : la performance économique, la qualité de vie au travail et le bien commun. Même si nous n’employons pas forcément ces termes, notre projet repose sur ces mêmes piliers :

  • chercher à développer une entreprise prospère ;
  • promouvoir une entreprise coopérative dans laquelle chacun est associé, où les richesses sont largement redistribuées et soucieuse de l’épanouissement de chacun ;
  • pérenniser la structure grâce à des réserves impartageables importantes, la rendre non délocalisable et asseoir un modèle d’entreprise ayant vocation à participer au développement territorial.

Au-delà d’Alma, le concept de paix économique renvoie à une entreprise telle que nous la concevons : performante mais aussi durable et respectueuse des personnes. Enfin, la paix économique ne doit pas être un projet isolé, un accessoire, mais doit au contraire former la colonne vertébrale de la structure. Cela donne tout son sens à notre projet d’entreprise.

Qu’est-ce qui selon vous a séduit le jury pour récompenser le projet d’Alma ?

Nous avons postulé sur une démarche globale consistant à dessiner collectivement l’Alma de demain tout au long de l’année 2019, à l’occasion des 40 ans de la société. C’est un projet structurant qui s’inscrit dans une dimension à la fois stratégique et collective. En effet, il associe les 95 personnes de la Scop et doit aboutir à un vote sur la stratégie à moyen terme d’Alma et la validation d’une équipe de direction.

Nous pensons – en tout cas nous espérons ! – que ce qui a intéressé le jury, c’est précisément le fait que notre projet soit construit sur une démarche de fond et pas sur une simple expérimentation dans un périmètre restreint. En corollaire, notre projet est ambitieux avec des objectifs économiques, humains, organisationnels et sociétaux : définir la feuille de route d’Alma à 5 ans, fortifier une culture d’innovation et d’entrepreneuriat, fidéliser les coéquipiers d’Alma et en particulier les jeunes, faire naître les « chefs d’orchestre » d’Alma de demain, renforcer les liens avec nos partenaires et clients, consolider notre ancrage territorial…

C’est également un projet structuré et étalé sur un an, qui passe par des étapes de partage, tant de l’histoire d’Alma que de nos valeurs. Et le fait que le projet soit en cours de réalisation – nous l’avons lancé fin 2018 et nous sommes à mi-chemin aujourd’hui – correspondait tout à fait à l’objectif des Trophées. Nous avons une longue pratique de la construction collective dans nos équipes métier (les « scopettes ») mais c’est la première fois que nous la généralisons à l’ensemble de la structure. Cette dimension d’expérimentation impliquant toute l’entreprise a probablement plu au jury.

Comment expliquer qu’une école comme GEM promeuve ce concept ?

Je pense qu’il y a 10 ans une école de management n’aurait pas envisagé d’avoir une ouverture sur ces thèmes. Mais avant d’être une évolution au sein de l’école, c’est d’abord une évolution sociétale, notamment celle d’une frange des jeunes générations en quête de plus de sens et d’équilibre dans leur vie, en particulier professionnelle. Cela participe d’une réflexion sur le développement d’une économie plus durable, la place des personnes dans l’entreprise, le partage des richesses et plus d’attention à des préoccupations environnementales ou sociétales. Les grandes écoles, et pas seulement de management d’ailleurs, ont besoin de s’adapter et même d’être les fers de lance de ce type de réflexion.

Il faut tout de même veiller à ce que cela se traduise par une attention réelle à un management profondément bienveillant et qu’une fois dans l’entreprise ce ne soit pas un outil marketing ou simplement un levier de meilleure performance pour les actionnaires.

Je suis aussi ravie de constater qu’à l’instar de GEM, c’est plus largement Grenoble et tout son écosystème qui a une démarche pionnière en s’ouvrant à des réflexions novatrices et engagées en matière d’économie ou d’écologie. C’est très stimulant d’évoluer dans une telle dynamique !