Le blog d’une Scop d’informatique qui trace sa route entre réussite économique et valeurs coopératives.

S’embarquer dans une démarche environnementale : retours d’expérience d’une entreprise coopérative

Si, forte de ses valeurs et de son éthique coopératives, Alma a intégré « naturellement » la plupart des enjeux de la RSE dans ses pratiques (sans pour autant s’identifier totalement à ce concept un peu trop normatif), et si l’entreprise s’inscrit dans un modèle de fonctionnement pérenne et sensible à l’intérêt général, l’environnement n’était jusqu’alors pas au cœur de notre culture. Cependant, nous considérons pour plusieurs raisons (éthiques, sociétales mais aussi économiques) que les entreprises ont un rôle important à jouer pour relever le défi du climat et de la biodiversité. Depuis deux ans nous entamons ainsi un virage pour nous engager dans une démarche environnementale et tenter d’évoluer vers un modèle d’entreprise plus soutenable. La route est encore longue mais nous essaierons dans cet article d’expliquer notre cheminement, les vents favorables qui nous poussent mais aussi les écueils rencontrés, en nous gardant de tout triomphalisme ou greenwashing et en étant conscients de nos contradictions. Si ces réflexions peuvent en écho nous alimenter en idées ou inspirer d’autres structures, alors nous tenons le bon cap ! 

Accepter que l’entreprise soit partie prenante dans la transition écologique

Il y a bien eu dans les années 2010 des réflexions menées par quelques Almatiens portés sur l’écologie, mais cela n’a pas dépassé le stade de recommandation de bonnes pratiques (économie d’énergie, consommation, recyclage) et le transfert de nos contrats d’électricité vers la Scic Enercoop, fournisseur d’électricité 100 % renouvelable. Alors qu’est ce qui a changé pour que cela devienne un projet vraiment engageant ?

De rapports du GIEC en catastrophes climatiques survenant jusqu’à nos portes, la question environnementale est devenue un enjeu sociétal majeur, et les entreprises commencent à comprendre qu’elles ne peuvent plus ne pas s’en préoccuper. Au risque de s’engouffrer (consciemment ou non) dans le greenwashing… Car dans les faits, la remise en question reste le plus souvent superficielle.

Alors, parce que ce n’est pas encore évident pour tout le monde (« Nous développons des logiciels pour valoriser nos expertises et satisfaire nos clients, est-ce notre rôle de nous préoccuper du climat ou de la biodiversité ? » a-t-on encore entendu il y a peu chez Alma…), la première étape est d’être convaincu que la mission de l’entreprise dépasse sa seule survie économique et qu’elle doit sincèrement jouer un rôle dans la transition écologique.

Et là, la Scop (ou la Scic) a sans doute une longueur d’avance, car à travers ses valeurs de coopération et d’engagement envers la communauté, en étant réfractaire aux logiques économiques court-termistes, elle est naturellement plus soucieuse de sa contribution sociétale et environnementale. Ce que résume Benoit Hamon [1] en décrivant une des dimensions de la citoyenneté économique : « On imagine mal qu’une entreprise puisse être démocratique, soucieuse du bien-être au travail et, par ailleurs, polluer allégrement sans se soucier de ses impacts sociaux et écologiques. »

D’autre part, en étant eux-mêmes partie prenante dans leur entreprise, en étant des citoyens aussi bien dedans qu’à l’extérieur, et en étant souvent plus engagés dans la vie associative que la moyenne, les salariés-coopérateurs des Scop permettent plus facilement de porter l’intérêt général dans l’entreprise et d’aligner celle-ci sur des engagements sociaux ou environnementaux.

On imagine mal qu’une entreprise puisse être démocratique, soucieuse du bien-être au travail et, par ailleurs, polluer allégrement sans se soucier de ses impacts sociaux et écologiques.

En faire un enjeu stratégique partagé

Ça c’est le contexte général. Dans la pratique, il a aussi fallu que l’enjeu environnemental soit partagé et inscrit dans notre stratégie pour qu’une réelle dynamique se mette en place. En 2020, lors de l’élaboration de la stratégie d’Alma pour les prochaines années autour des propositions du Conseil d’Administration, l’engagement environnemental a été retenu et voté par les Almatiens comme un des 4 axes principaux du projet d’Alma. Et tout récemment, une enquête interne a confirmé la forte ambition des Almatiens en matière d’engagement écologique : 85 % d’entre eux considèrent les critères environnementaux comme prioritaires ou au même niveau que les critères économiques à court terme dans les décisions de l’entreprise, et 82 % souhaitent qu’Alma soit plus engagée que le « minimum légal » en matière de transition écologique des entreprises !

« Susciter un tel engagement est à la fois plus simple et plus difficile dans une Scop, » explique Laurence Ruffin, notre PDG. « Plus simple parce que notre statut coopératif, fondé entre autres sur la responsabilité individuelle, la coopération et la transparence de l’information, favorise l’intelligence collective et l’appropriation des bonnes pratiques par les salariés-coopérateurs, ce qui en fait assurément un atout pour s’engager dans le changement. Plus difficile car tant qu’un projet n’est pas partagé par le plus grand nombre, il y a peu de chances qu’il avance. Débattre, valider les décisions et mesurer régulièrement l’engagement sont donc des leviers essentiels chez Alma. »

Notre statut coopératif, fondé entre autres sur la responsabilité individuelle, la coopération et la transparence de l’information, favorise l’intelligence collective et l’appropriation des bonnes pratiques par les salariés-coopérateurs, ce qui en fait assurément un atout pour s’engager dans le changement.

Sensibiliser et informer

La sensibilisation est également une condition sine qua non pour dépasser un engagement « de principe » et embarquer en connaissance de cause tous les Almatiens dans la démarche environnementale en cohérence avec l’ambition affichée, et faire que l’adhésion perdure. A ce titre, la Fresque du climat à laquelle presque tous ont participé en juin dernier (et pas seulement les responsables ou les volontaires) a été un déclencheur qui a permis à chacun de s’approprier le défi du changement climatique. « Pour ma part, je n’avais pas d’attente précise quant à cette Fresque, » reconnait Cécilie. « Mais l’atelier a été présenté de façon ludique, tout le monde s’est senti concerné. Malgré certains constats qui pouvaient être démotivants, voire déprimants, des projets d’actions à court terme ont pu en ressortir assez facilement à l’échelle d’Alma. Par exemple, un abonnement d’autopartage avec Citiz en perspective. »
Sensibiliser c’est aussi transmettre beaucoup d’information et permettre de prioriser les enjeux (en commençant par mettre en perspective les résultats d’une action donnée et les efforts à fournir pour y arriver et vice versa). Et ce d’autant plus que le sujet peut être très technique et doit s’appuyer sur des chiffres, ce n’est pas Jean-Marc Jancovici qui dira le contraire ! Nous avons donc fait en sorte que la stratégie soit déclinée concrètement et que nos actions soient portées par une organisation ad hoc.

Structurer la démarche

Pour cela, une commission « Environnement » composée de 6 volontaires a été constituée en 2019. Ses missions : proposer des actions concrètes visant à réduire l’empreinte environnementale d’Alma et accompagner leur mise en œuvre une fois validées par le Conseil d’Administration.

Dans sa démarche d’appropriation des enjeux et de définition d’objectifs, la commission peut s’appuyer sur des ressources externes (par exemple diagnostic énergétique réalisé en partenariat avec l’ADEME et la BPI dans le cadre de la campagne Diag’Eco Flux en 2021, bilans carbone…) et elle contribue à formaliser des indicateurs chiffrés pour mesurer l’impact des actions projetées. En tant que relais entre les Almatiens et le Conseil d’Administration, elle joue également un rôle d’animation et de communication interne, mais aussi de veille externe en s’alimentant d’initiatives menées par d’autres entreprises ou organisations.

« Nous introduisons le critère de l’impact environnemental dans les différentes fonctions de l’entreprise (bâtiment, placements financiers, achats…) et nous travaillons avec les personnes en charge de ces sujets pour proposer des évolutions » résume Sébastien, très impliqué dans la commission. « Par exemple nous animons depuis quelques semaines un groupe de travail qui devra proposer des mesures ambitieuses pour réduire l’empreinte carbone de nos déplacements. Cela pourra impacter l’organisation du travail et les temps de déplacements professionnels. »

Nous introduisons le critère de l’impact environnemental dans les différentes fonctions de l’entreprise et nous travaillons avec les personnes en charge de ces sujets pour proposer des évolutions.

Les objectifs à court et moyen terme

A partir de ce travail de collecte d’information et de structuration de la démarche, la commission Environnement et le Conseil d’Administration ont renforcé la feuille de route en 2022 et retenu plusieurs axes de travail :

  • Amélioration de notre performance énergétique (pour réduire notre consommation de gaz), en particulier via des travaux sur le système de chauffage / climatisation et de rénovation thermique du deuxième bâtiment de notre siège de Saint-Martin-d’Hères (remplacements des ouvrants pour une meilleure isolation et une moindre déperdition de chaleur) après l’avoir fait en 2018 sur le premier bâtiment.
  • Réduction de l’empreinte carbone d’Alma liée à la mobilité (déplacements domicile-travail et professionnels) comme cela a déjà été évoqué.
  • Structuration d’une politique d’achat responsables (ce qui dépasse les enjeux strictement environnementaux) : stratégie pour prioriser des achats ou leur substituer des solutions de réemploi ou de réparation pour éviter les achats superflus, identification des critères de sélection des fournisseurs, etc.

Par ailleurs, à partir d’une charte élaborée en 2020, la commission Environnement continue à promouvoir de bonnes pratiques en interne : réduction de l’impact environnemental de nos équipements informatiques et téléphoniques (renouvellement moins fréquent de matériel, optimisation de nos serveurs…), recyclage, encouragement à une consommation locale, plus responsable et moins carnée (partenariats avec Le Bon Sens des Mets, une Scop de restauration bio hébergée sur notre terrain, et avec les Jardins de la Solidarité pour la livraison hebdomadaire de paniers de légumes au Almatiens, jardin partagé, etc.).

En parallèle, un projet de mise en place d’un jardin forestier visant à préserver les arbres en milieu urbain et à protéger la biodiversité a été initié à l’automne 2021 sur une parcelle mitoyenne de 7000 m2 achetée en 2019, sur laquelle la construction d’un troisième bâtiment initialement prévue n’est plus envisagée. Objectif : développer un écosystème abondant et accueillant pour la faune et la flore, contribuer à la constitution d’ilots de fraicheur en ville, tout en créant un lieu de découverte et de détente pour les salariés. Les premiers aménagements réalisés au printemps 2022 ont permis la plantation d’une centaine d’arbres et arbustes, la création d’une mare naturelle ou encore la valorisation de tas de bois et de nichoirs naturels pour insectes, oiseaux, reptiles ou amphibiens… La plantation d’environ 200 nouveaux arbres est prévue dans les 2 prochaines années. Porté par un groupe d’Almatiens très motivés, ce projet a été labellisé par Grenoble Capitale Verte Européenne de l’Europe 2022.

Des réflexions plus ardues

Reste que si elles vont dans le sens de la sobriété, ces actions concernent pour l’essentiel notre « fonctionnement » et ne remettent pas directement en cause la finalité de nos activités numériques (même si recourir moins souvent à l’avion pour certains déplacements par exemple impactera bel et bien les personnes concernées…). Conscients de ces limites, nous avons commencé à questionner le modèle économique. Pour commencer, nous avons décidé en 2020 (c’était l’un de nos 4 axes stratégiques) de lancer une nouvelle activité numérique avec une contribution environnementale et/ou sociale positive et un faible effet rebond. « Depuis, plusieurs pistes ont été étudiées de près, et si ce projet de croissance externe n’a pas encore abouti, il reste tout à fait d’actualité, précise Laurence Ruffin. Nous sommes d’ailleurs convaincus qu’il aura un effet d’entrainement et qu’il sera une source d’émulation pour les Almatiens. »

Quant à la réflexion sur l’évolution de nos activités historiques, elle commence juste, avec pour cadre des questions de fond : Quelle est la finalité de nos métiers ? Où placer le curseur entre l’utilité d’une activité et ses conséquences néfastes au regard de l’environnement ? Que peut être un numérique vertueux ? Jusqu’où remettre en question nos activités économiques et la création de richesses associée ? Mais aussi dans quelle mesure la contrainte environnementale ne peut-elle pas être une source d’opportunités (pas seulement économiques) ? Nous n’y répondrons pas facilement mais sommes prêts à les aborder avec lucidité et en mobilisant toute l’intelligence collective qui fait la force d’Alma.

Et dans votre entreprise, où en êtes-vous ? Vous êtes-vous fixés des objectifs pour réduire votre impact environnemental ou faire évoluer vos activités ? Dans quels domaines, avec quels moyens ? Partager nos réflexions et nos expériences avec des structures qui comme nous se sont engagées dans la transition écologique serait précieux… Le défi est tellement important que ce n’est qu’ensemble que nous pourrons y faire face !


[1] Qui a travaillé a la demande de la Confédération Générale des Scop sur la question de la « citoyenneté économique » et qui a co-dirigé la réalisation d’un ouvrage collectif sur le sujet.

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