« Il faut planter des courges et des potimarrons », lance Candice, sûre de son fait. « Des tomates allongées et du basilic », ajoute Rosalinda, pas Italienne pour rien. « Et plein de menthe », glisse Gabriel qui rêve déjà de mojitos. « Pourquoi pas un coin de jardin japonais ? », interroge Boris, plus contemplatif. C’est à peu près comme ça qu’a démarré le projet de jardin d’Alma à l’automne 2015. Il trottait depuis longtemps dans la tête de certains d’entre nous et à force d’en parler l’idée a fait son chemin : un grand terrain gazonné entre nos deux bâtiments, vide et triste mais bien ensoleillé, ne serait-ce pas le lieu idéal pour un beau jardin ?

Ni kolkhoze ni AMAP, un jardin partagé

De fil en aiguille le projet s’est précisé, porté par une dizaine de passionnés de jardinage et de sympathisants. Notre cahier des charges était assez large : créer un espace à la fois potager, paysager, propice à la détente et convivial. Et bien sûr à travers une démarche collective. C’était d’ailleurs logiquement le critère fixé par le Comité de Direction pour valider (et financer !) ce projet : mobiliser suffisamment de personnes en interne pour qu’il fasse sens. Un moyen parmi d’autres d’impliquer des personnes dans Alma autrement que sur un plan professionnel pour contribuer à leur épanouissement et créer de nouveaux liens. Vous avez dit bien-être au travail ?

Pas d’objectif strictement productif dans ce projet, pas vraiment non plus de parti-pris militant, même si la sensibilité écologique est sous-jacente. Il était par exemple indispensable de se doter d’un récupérateur d’eau de pluie et d’utiliser le compost alimenté en quantité par nos amis du Bonsens des Mets. Les carrés de potager seraient en bois non traité et nous devrions recourir au paillage pour arroser moins. Et il était tellement évident qu’aucun intrant chimique n’aurait sa place dans le jardin que ça n’a même pas été écrit !

Une organisation minimaliste

Délibérément nous n’avons pas jugé bon de formaliser des règles contraignantes ou une organisation trop structurée. C’est drôle d’ailleurs, la première question que l’on nous pose est « comment allez-vous vous partager les récoltes ? », alors que c’est presque le dernier de nos soucis. Disons, selon les besoins ou envies de celles et ceux qui souhaitent en profiter… Certaines décisions sont collectives ou prises de manière consensuelle, d’autres relèvent d’initiatives individuelles. Très peu de réunions, la communication directe ou par mail (sans excès) et un agenda partagé suffisent.

Pour le travail au jardin nous misons sur un compromis entre la disponibilité des membres du groupe et la nécessité de faire ce qu’il faut au bon moment (plantation, arrosage, désherbage, etc.). Vient qui veut quand il ou elle peut. Evidemment dans ce contexte certains s’impliquent plus que d’autres mais c’est leur choix, comme dans n’importe quelle association de bénévoles. Il se trouve que cela fonctionne plutôt bien et chacun a trouvé sa place naturellement selon ses goûts ou ses talents, même si la plupart des tâches sont partagées. Cela n’engage que moi mais c’est cette expérimentation d’une autogestion « sans prise de tête », voire un peu anarchiste, qui est aussi intéressante dans ce projet.

Alors voilà : après avoir fait aménager deux allées pour créer des passages dans le jardin et circuler entre nos parkings, nous avons réellement démarré à l’automne 2016 et depuis le jardin a pris ses aises. 10 carrés de potagers plantés d’aromatiques et de tomates variées, de salades, de poivrons, d’aubergines et de piments, un talus de 200 m2 où s’étalent courgettes, courges et potimarrons, un rectangle de 36 pieds de fraisiers, des plates-bandes de menthe, des cassis et des groseilles, des rhubarbes et des jachères fleuries… De quoi s’occuper après le travail, et même certains week-ends !

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Semer à tout vent

C’est un peu tôt pour faire un bilan mais nous ne sommes pas mécontents d’en être arrivés là, même s’il faut rester très modestes. Car comme tous les jardiniers nous allons devoir tirer des tas d’enseignements pratiques pour améliorer nos cultures. L’avantage en la matière c’est qu’on apprend très vite.

Surtout, les retours en interne sont bienveillants. Un petit groupe a donné du sien pour créer un espace de convivialité et embellir (un peu) notre cadre de vie, les Almatiens y sont sensibles. Il est vrai qu’un jardin véhicule un certain capital de sympathie… En tout cas les sourires font plaisir à voir quand on partage les fraises fraîchement cueillies avec les collègues qui déjeunent sous les arbres le midi ou quand on fait découvrir l’odeur camphrée du majestueux basilic du Kenya (Ocimum kilimandscharicum)…

Alors on a plein d’idées pour la suite : cultiver des légumes rares, planter des arbres fruitiers, explorer de nouveaux modes de culture, installer des ruches, faire participer les enfants des Almatiens, pourquoi pas s’ouvrir à des structures d’insertion… Pour cela il nous faudra maintenir les énergies au plus haut et recruter de nouveaux bras, tout en continuant à se faire plaisir et en gardant cet esprit d’expérimentation et de convivialité que l’on espère avoir initié. Avec l’idée que, comme le dit le proverbe, « il pousse plus de choses dans un jardin qu’on en a semé ».